3. Mais alors,
le jour suivant, Titus commanda à son armée d’éteindre le feu et de pratiquer
un chemin afin de rendre plus aisée la marche des légions, pendant que
lui-même rassemblait les officiers supérieurs. Parmi ceux qui firent partie de
cette assemblée se trouvaient six personnalités majeures: Tibère Alexandre,
commandant (sous les ordres du général) à l’armée entière, Sixte Cerealis,
commandant de la cinquième légion, Larcius Lepidus, commandant de la dixième
légion, et Titus Frigius, commandant de la quinzième légion ; parmi eux se
trouvait également Eternius, chef des deux légions qui venaient d’Alexandrie,
et Marc Antoine Julianus, procurateur de Judée. Après eux il avait tous les
procurateurs et tribuns restants. Titus les invita à lui donner leur avis
quant à ce qu’il convenait de faire de la demeure sacrée. Certains pensaient
qu’il valait mieux suivre les règles de la guerre (et la démolir), parce que
les Juifs ne mettraient pas fin à leur rébellion aussi longtemps que la
demeure resterait debout, et c’était dans cette demeure qu’ils se
réunissaient tous. D’autres étaient d’avis que, si les Juifs consentaient à
l’abandonner il devrait la laisser sauve, mais que s’ils poursuivaient la
lutte il faudrait la brûler, parce que dans ce cas il ne faudrait pas la
considérer comme une demeure sacrée mais bien comme une citadelle, et que
l’acte impie d’y mettre le feu retomberait sur ceux qui les auraient forcés à
le commettre et non sur eux. Mais Titus déclara : « même si les Juifs se
rassemblaient dans la demeure sacrée et nous combattaient de là, nous ne
devrions pas exercer notre vengeance sur des choses inanimées mais bien sur
les hommes eux-mêmes »; il dit aussi qu’il n’était pas en faveur de l’idée de
brûler un ouvrage aussi vaste, parce que cela ferait du tort aux Romains
eux-mêmes ; tandis qu’il pourrait rester un des fleurons de leur
gouvernement. Alors, à cette déclaration Fronto, Alexandre, et Cerealis
sentirent grandir leur audace et dirent qu’ils étaient de l’avis de Titus.
Puis cette assemblée fut dissoute après que Titus eût donné l’ordre aux
commandants de garder le gros de leurs troupes tranquilles et de n’utiliser
que les plus courageux dans cette attaque. Il ordonna que les hommes choisis
parmi les cohortes se répandent parmi les ruines et éteignent le feu.
4. Il est vrai
que ce jour là, les Juifs étaient tellement découragés et consternés qu’ils
s’abstinrent de toute attaque. Mais le jour suivant, ils rassemblèrent leurs
forces et se précipièrent très audacieusement sur ceux qui gardaient la cour
extérieure du temple par le portail est, et ce environ à la deuxième heure du
jour. Ces gardes soutinrent l’attaque avec grande bravoure, en se couvrant le
devant du corps de leurs boucliers, et formant une sorte de muraille, ils
rassemblèrent leurs escadrons. Cependant, il était évident qu’ils ne
pourraient pas résister longtemps et qu’ils seraient rapidement écrasés par la
multitude de ceux qui se précipitaient sur eux avec une ardeur passionnée.
Cependant César, observant depuis la tour Antonia que cet escadron était sur
le point de céder, envoya des cavaliers choisis pour les épauler. Dès lors,
les Juifs furent incapables de soutenir l’assaut, et voyant massacrer ceux qui
étaient en première ligne, le plupart des survivants prirent la fuite. Mais
alors que les Romains rebroussaient chemin, les Juifs se retournèrent contre
eux et luttèrent; et lorsque ces mêmes Romains revinrent à la charge, ils
firent à nouveau retraite, jusqu’à environ la cinquième heure de la journée,
heure à laquelle ils furent vaincus et s’enfermèrent dans la cour intérieure
du temple.
5. Alors Titus
se retira dans la tour Antonia, et résolut de ravager le temple le jour
suivant, tôt le matin, avec toute son armée, et de dresser le camp tout autour
de la demeure sacrée. Mais quant à cette demeure, Dieu l’avait certainement
vouée aux flammes depuis longtemps, et maintenant le jour fatal était arrivé,
selon la révolution des âges ; c’était le dixième jour du mois de Lous, [Ab,]
qu’elle avait été brûlée d’abord par le roi de Babylone. Mais ces flammes
s’élevèrent par la faute des Juifs eux-mêmes et furent occasionnées par eux
car, lorsque Titus se retira, les rebelles se tinrent tranquilles pendant un
petit moment, puis ils attaquèrent à nouveau les Romains quand ceux qui
gardaient la demeure sacrée commencèrent à se battre contre ceux qui
éteignaient le feu qui brûlait dans la cour intérieure du Temple; mais ces
Romains mirent en fuite les Juifs et s’avancèrent jusqu’à la demeure sacrée. A
ce moment un des soldats, sans attendre les ordres, sans se soucier de
l’énormité de l’entreprise, et poussé par une sorte de fureur divine, arracha
un élément des matériaux en feu et, soulevé par un autre soldat, il mit le
feu à une fenêtre dorée qui donnait sur des pièces de la demeure sacrée, du
côté nord. Lorsque les flammes commencèrent à s'élever, les Juifs poussèrent
de grandes clameurs, comme l’exigeait une affliction aussi grande, et ils se
précipitèrent ensemble pour prévenir le désastre. Ils n’épargnèrent plus
leurs vies et donnèrent libre cours à leurs forces, car la demeure sacrée
qu’ils avaient voulu protéger grâce à ces gardes, était en train de périr.
6. Alors,
quelqu’un vint en courant auprès de Titus, et lui parla de l’incendie tandis
qu’ il se reposait sous sa tente des fatigues de la dernière bataille. Il se
leva en grande hâte et courut immédiatement vers la demeure sacrée afin de
faire arrêter l’incendie ; tous ses commandants et plusieurs légions le
suivirent dans le plus grand étonnement. Alors s’éleva une immense clameur, un
immense tumulte, comme il était naturel dans le mouvement désordonné d’une
aussi gande armée. Alors César, en faisant un signe de la main droite, cria
aux soldats qui étaient en train de se battre d’éteindre le feu. Mais ils
n’entendirent pas ce qu’il disait, bien qu’il criât très fort, car leurs
oreilles étaient assourdies par des bruits plus forts encore ; et ils ne
virent pas le signal qu’il faisait de la main car certains étaient encore
absorbés par la bataille, d’autres par leur passion. Mais quant aux légions
qui accoururent, elles ne purent être convaincues ni par le persuasion, ni par
la menace, de restreindre leurs violences ; à ce moment, chacun était gouverné
par sa propre passion, et alors qu’ils étaient assemblés en masse dans le
temple, beaucoup se piétinèrent les uns les autres, et tandis qu’un grand
nombre tombait parmi les ruines du cloître qui étaient encore chaudes et
fumantes, et ils périrent de la même façon misérable et en même temps que ceux
qu’ils avaient conquis. Et quand ils approchèrent de la demeure sacrée, ils
firent comme s’ils n’avaient pas entendu les ordres de César et encouragèrent
au contraire à bouter le feu ceux qui étaient devant eux. Quant aux rebelles,
ils étaient déjà dans une telle détresse qu’ils étaient incapables de prêter
leur aide pour éteindre l’incendie. Partout ils furent tués, partout ils
furent battus, et quant à la majeure partie des gens, ils se retrouvaient
faibles et sans armes, et ils eurent la gorge tranchée là où ils se
trouvaient. L’autel était alors entourés de cadavres amoncelés, et des marches
qui y conduisaient (16) coulait leur sang en grande quantité, ainsi que des
corps massacrés qui se trouvaient sur l’autel.
7. Alors,
puisque César ne parvenait pas à apaiser la fureur qui possédait les soldats,
et que le feu se répandait de plus en plus, il se rendit sur le lieu du temple
avec ses commandants, vit ce qu’il en était, et ce que le Temple contenait, et
réalisa qu’il y avait là bien davantage que ce que les visiteurs étrangers en
avaient dit, et autant que ce que nous-mêmes en avions cru et dit. Mais comme
les flammes n’avaient pas encore atteint l’intérieur mais étaient en train de
consumer les pièces qui se trouvaient autour de la demeure sacrée, et comme
Titus, supposant que la demaure sacrée elle-même pouvait encore être sauvée,
revint en hâte pour s’efforcer de persuader aux soldats d’éteindre le feu, il
donna ordre au centurion Liberalius et à un des lanciers qui se trouvait
auprès de lui de donner des coups de bâton aux soldats réfractaires et de les
contenir. Cependant, leur passion était plus violente que le respect qu’ils
avaient pour César, plus violente que la crainte qu’ils éprouvaient devant
lui, et leur haine des Juifs était extrême et les inclinait véhémentement à
les combattre. En outre, l’espoir du pillage poussa beaucoup d’entre eux à se
ranger à l’idée que tous ces endroits regorgaient de richesses et ils voyaient
aussi que tout ce qui les entourait était en or. De plus, un de ceux qui
étaient entrés dans la place contrecarra le plan de César lorsque celui-ci
avait couru pour tenter de contenir les soldats en boutant le feu aux gonds du
portail, dans le noir. De ce fait, des flammes jaillirent instantanément de
l’intérieur de la demeure sacrée même; alors César se retira avec ses
commandants, et alors il n’y eut plus personne pour interdire à ceux de
l’extérieur d’y bouter le feu. C’est ainsi que la demeure sacrée brûla
entièrement, sans l’assentiment de César.
8. Alors, bien
que tout le monde se lamentât à juste titre sur la destruction d’un tel
ouvrage, car c’était le plus admirable des ouvrages que nous ayons pu
contempler ou dont nous ayons entendu parler, tant par sa structure curieuse
et sa magnitude, que par les richesses immenses dont il avait été doté, et
que par sa glorieuse réputation de sainteté, on se réconforta par la pensée
que ce fait avait été décrété par le destin qui frappe inévitablement toutes
les créatures vivantes, tous les ouvrages et tous les lieux. Cependant, on ne
peut qu’être surpris de la période à laquelle cela s’est produit, car cet
événement eut lieu exactement, comme je l’ai dit précédemment, le même mois et
le même jour que cette même demeure sacrée fut brûlée jadis par les
Babyloniens. Le nombre d’années qui ont passé depuis la pose de sa première
pierre par la Roi Salomon, jusqu’à sa destruction, qui se produisit dans la
deuxième année du règne de Vespasien, est de mille cent et trente, plus sept
mois et quinze jours ; et entre la deuxième construction, réalisée par Haggai,
dans la deuxième année du règne du roi Cyrus, et sa destruction sous
Vespasien, il y eut six cent trente-neuf années et quarante-cinq jours.
Ceux qui
souhaitent lire le compte rendu complet de la « guerre des Juifs » de Josèphe
et ses autres ouvrages, peuvent le faire en consultant le site suivant:-
Bible
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