Visite à Paris
En l'an 1893 Saunière
dut s'avouer qu'il ne parviendrait pas à déchiffrer les parchemins et
décida qu'il avait besoin d'aide. A cette époque, son évêque à
Carcassonne était Félix Arsène Billard, un érudit avec qui Saunière
semble avoir été en bons termes. Quatre parchemins furent présentés à
Billard, qui les examina avec intérêt. Lui non plus ne parvint pas à donner
un sens à cette écriture cryptée. Il suggéra alors à Saunière de les
emmener à Paris où il connaissait des prêtres versés en ces matières. A
la surprise de Saunière, l'évêque paya même son voyage. A Paris, Saunière
se rendit chez l'abbé Bieil à Saint-Sulpice et lui montra les parchemins.
Bieil lui dit de revenir huit jours plus tard. Pendant ce temps, Saunière fut
logé dans la maison du neveu de Bieil: Emile Hoffet, un brillant jeune homme
de 20 ans, lui aussi destiné à la prêtrise. Saunière et Hoffet devinrent
rapidement bons amis. Grâce à sa nouvelle relation, Saunière découvrit
bientôt les principaux cercles littéraires et artistiques de Paris. Pour un
curé de campagne qui n'avait jamais mis le pied hors de son village, ceci est
pour le moins remarquable. Il parvint à devenir un ami proche d'Emma Calvé,
une cantatrice de renommée internationale. Nous pouvons supposer que
Saunière était un homme particulièrement charismatique, si l'on se souvient
qu'il était déjà devenu un ami proche de la Comtesse de Chambord. Au jour
fixé, il retourna voir Bieil pour reprendre les parchemins déchiffrés. Mais
il semble que les supérieurs hiérarchiques de Bieil n'avaient nullement
l'intention de se séparer des informations qu'ils possédaient. Bien que nous
n'ayons aucun moyen de savoir ce que les deux hommes se dirent, il est clair
que Saunière parvient tout de même à obtenir quelque chose de Bieil car, à
peine rentré à Rennes, il commença à mener un train de vie somptueux.
Paris - vérité ou
mensonge?
Le récit qui
précède provient de diverses sources et, comme il en va de la plupart des
éléments de ce mystère, on est surpris de constater qu'au cours des ans les
on-dit, rumeurs et spéculations en sont venus à être considérés comme des
faits avérés. En réalité, il n'existe aucune preuve de la visite de
Saunière à Paris, ni même de sa demande d'aide aux Frères de Saint-Sulpice.
La supposition qu'il acheta certains tableaux au musée du Louvre peut
également être écartée, car ce musée ne commença à vendre au public des
copies du tableau de Poussin qu'en 1901, c'est-à-dire bien après la date de
son voyage supposé. Si les romantiques parmi vous craignent que si l'on
élimine le voyage à Paris le mystère perdra de son charme, je vous
montrerai qu'au contraire cela renforce une théorie personnelle qui ajoute
beaucoup d'intérêt à l'énigme tout entière.
Une vie de luxe
Le pauvre prêtre sans
le sou devint donc millionnaire du jour au lendemain. Il commença par faire
entièrement restaurer son église et engagea, pour ce faire, les artisans les
plus éminents de la région pour sculpter statues et pierres. Il se fit
bâtir une luxueuse villa entourée de jardins tropicaux.
Il fit bâtir une
tour gothique dans laquelle il installa son impressionnante
bibliothèque. Il fit venir des livres de partout dans le monde et engagea un
relieur professionnel qui travailla à plein temps pour lui. Il acheta une
collection de 1.000 cartes postales , et une autre de 100.000 timbres. Il
peupla ses jardins d'animaux exotiques. Il importa des vins et spiritueux de
monde entier et commença à recevoir somptueusement. Note
1 Ses extravagances
n'étaient pas entièrement égoïstes: aux familles les plus pauvres de la
région il remit des sommes allant de 10.000 à 15.000 francs, une fortune en
ce temps-là (comparons ces sommes aux 4.500 francs qui auraient été
nécessaires à la construction d'une nouvelle église). L'on estime qu'entre
le moment où il entra en possession de cette fortune et la fin de sa vie, il
dépensa de 15 à 24 millions de francs-or de l'époque.
Non content de mener
grand train, il commença une liaison avec une jeune servante de 18 ans.
Jusqu'alors, l'Eglise avait fermé les yeux sur ces extravagances. Mais il
semble que ceci fut la goutte qui fit déborder le vase, et les supérieurs
hiérarchiques de Saunière commencèrent à réagir.
Désaccord avec
l'Eglise
En 1902, un nouvel
évêque, Monseigneur de Beauséjour, fut désigné à Carcassonne, le siège
épiscopal dont dépendait Rennes-le-Château. Il reçut la mission de ramener
au bercail cette turbulente brebis. Monseigneur de Beauséjour envoya donc à
Saunière l'ordre de faire retraite dans un monastère voisin. Saunière lui
répondit par ces mots énigmatiques: "Je regrette de ne pas pouvoir
quitter ma paroisse où mes intérêts me retiennent". La guerre
commençait. Beauséjour lui envoya ordre sur ordre, et à chacun d'eux
Saunière répondit par un regret ou une excuse de ne pouvoir y obéir. Après
avoir vu ses ordres et requêtes éludés pendant environ une année,
l'évêque finit par le prendre de front et lui demanda carrément d'où
provenait sa fabuleuse fortune. Saunière répondit que des legs lui avaient
été faits personnellement et que c'était à lui seul de décider comment il
dépenserait cet argent. Inutile de dire que l'évêque ne fut ni satisfait ni
impressionné par cette réponse et cette attitude. Il accusa Saunière de se
faire payer pour dire des messes (une accusation des plus fausses: en fait, il
aurait dû dire une messe pour chaque habitant du village 24 heures sur 24,
365 jours par an pendant mille ans pour obtenir une somme qui n'aurait
représenté qu'une infime partie de sa fortune. Ces accusations montrent
cependant jusqu'où l'Eglise était préparée à aller). Un tribunal
ecclésiatique délibéra pendant six mois et décida enfin la suspension de
Saunière, et donc l'interdiction de dire la messe. Absolument de glace devant
les simagrées bureaucratiques du clergé local, Saunière fit appel
directement à Rome. A la profonde consternation de Monseigneur de Beauséjour,
la sanction fut levée en 1913. Le triomphe fut cependant de courte durée,
car Rome découvrit l'étendue et le détail du scandale, et suggéra à
Monseigneur de Beauséjour de lancer une contre-offensive, ce qui fut fait
sans tarder. Saunière fut définitivement écarté en 1915 et reçut l'ordre
de remettre l'église et le presbytère à son successeur l'abbé Henri Marty.
La perte du presbytère n'affecta nullement Saunière qui vivait dans son
élégante villa. Le presbytère était tombé si complètement en ruines que
le malheureux Henri Marty fut forcé de prendre ses quartiers à quelque
distance de là. Pour arriver à son église, il était obligé de grimper un
abrupt sentier le long d'une colline et de passer devant la porte de Saunière.
Une routine quotidienne qui a dû amuser Saunière.
Les derniers jours
de Saunière
Au début de la guerre
1914-18, Saunière vit tourner le vent de la fortune. Non pas que son trésor
fût épuisé, mais il ne lui fut plus possible de franchir les frontières
pour mener ses affaires avec les banques. Les liquidités vinrent à manquer
et il fut obligé de vendre certains de ses biens. Cependant, nullement
affecté par cette épreuve, il commença en 1917 à dresser des plans encore
plus ambitieux pour la construction de nouveaux bâtiments. Le 5 janvier 1917
il signa un contrat avec un entrepreneur en bâtiments pour la somme de huit
millions de francs. De nos jours cette somme équivaudrait à des centaines de
millions de Francs nouveau. Malheureusement pour lui, Saunière fut alors
victime d'une attaque d'apoplexie. A l'article de la mort, il fit appeler à
son chevet, de la ville voisine d'Esperaza, son vieil ami l'abbé Rivière
pour se confesser et recevoir les derniers sacrements. Bien que les deux
hommes eussent été en contact étroit pendant de nombreuses années, on dit
que lorsque Rivière quitta le mourant, il semblait être en état de choc et
son visage reflétait la plus grande épouvante. Il paraissait avoir vu le
Diable lui-même. A la suite de cet incident, il se retira du monde et ne
sourit plus jamais. Quels qu'aient été les derniers mots de Saunière, il
laissèrent une marque indélébile sur l'abbé Rivière. En mourant, il
laissa également une marque sur nous tous et nous légua un secret qui, à ce
jour, n'a pas été découvert.
Ses biens immobiliers
passèrent à Marie Denarnaud, sa gouvernante depuis de longues années. Des
voisins racontèrent que juste après la mort de l'abbé, on l'avait vue dans
le jardin jetant des tas de billets de banque dans un feu. Dans sa vieillesse
elle fit appel à une famille Corbu pour s'occuper d'elle. Elle leur dit
souvent "vous marchez sur de l'or" et leur promit qu'un jour ils
auraient plus d'argent qu'ils n'en pourraient jamais dépenser. La famille
Corbu pensait qu'à sa mort elle leur léguerait une partie de sa fortune.
Malheureusement, Marie fut également victime d'un coup de sang qui la priva
de la parole. Il en résulta que si elle détenait des secrets, ceux-ci
l'accompagnèrent dans la tombe.
Un
personnage discret
Après tout ce qui a
été dit à propos de l'abbé Bérenger Saunière, on est tenté de penser
qu'il a été le seul à découvrir une vaste fortune cachée. Ou qu'il a
appliqué son intelligence et sa ruse à rechercher ce fabuleux trésor. Mais
il s'agit là d'un piège dans lequel beaucoup sont tombés. En réalité, à
cette époque un autre personnage possédait lui aussi une fortune défiant
l'imagination. Cependant, à la différence de Bérenger Saunière qui était
un extraverti haut en couleurs, une sorte de comédien, cet homme-ci était un
être tranquille et discret qui, du moins en public, donnait l'impression de
n'être qu'un humble curé de paroisse. En fait, rien n'était plus éloigné
de la vérité. Lui aussi possédait une bibliothèque bourrée de livres
rares et précieux. Ses repas du soir étaient servis dans d'antiques plats
d'argent ciselé. Mais son style de vie grandiose n'était pas non plus
entièrement égoïste. Il distribuait de l'argent aux pauvres et fit beaucoup de bien autour de lui. Tout comme Saunière, il dépensa une énorme
fortune au cours de sa vie. Quelque chose comme 15 millions de francs-or. Qui
était cet homme? C'était l'abbé Henri Boudet. Le "bouton"
ci-dessous vous emmènera dans les premières des nombreuses sections qui
traitent de ce personnage énigmatique et de l'héritage qu'il nous a laissé,
et qui par de nombreux aspects surpasse en intérêt les parchemins trouvés
par Bérenger Saunière. Dans ses livres se trouvent d'innombrables messages
complexes qui, selon certains chercheurs, contiennent la vraie clé du secret
de Rennes-le-Château. A la différence des parchemins de Saunière qui sont
peut-être authentiques ou peut-être pas, les travaux de Boudet résistent à
l'analyse la plus minutieuse.

Y a-t-il vraiment
un trésor?
La réponse est sans
conteste oui. En 1830, alors qu'un homme se promenait sur la garigue, il
trouva un lingot d'or pesant environ 20 kilos. En 1860, un autre promeneur
trouva une barre d'or près de Bézu. Cette barre, composée de monnaies
arabes partiellement fondues, pesait près de 50 kilos. Ces découvertes sont
avérées. Il est certain que de nombreuse autres découvertes ont eu lieu
mais elles sont restées anonymes. Ce que je veux souligner ici est que
personne ne laisse tomber négligemment une barre d'or de 50 kilos sans se
donner la peine de se baisser pour la ramasser. Et une barre d'or de 50 kilos
n'est pas la sorte d'objet que quelqu'un utiliserait à titre d'investissement
secret. A cette époque les gens avaient l'habitude d'enterrer des pièces à
cet effet. Des pièces d'or sont en effet plus faciles à négocier et à
transporter. Il est aussi difficile d'imaginer que des gens étaient assez
riches à cette époque pour posséder 50 kilos d'or et les laisser traîner
dans un champ. Une barre d'or de cette taille est très encombrante. C'est
l'équivalent d'un sac de ciment. Croyez-moi, on ne peut pas aller très loin
en portant un colis aussi encombrant, à moins de disposer d'un cheval ou d'un
âne, particulièrement en terrain accidenté. Donc, d'où pouvaient bien
venir ces objets? Une possibilité est qu'une caravane les aurait transportés
à travers le pays. Si un cheval lourdement chargé a pu trébucher et les
laisser tomber, ou si un chariot a pu perdre une roue, il est possible que les
objets d'or qu'il transportait se soient répandus sur le sol et que tandis
que les hommes du convoi les ramassaient et les rechargeaient, quelques uns
des lingots ont pu s'enfoncer dans le sol meuble sans personne ne l'ait
remarqué à ce moment. Il se peut aussi que la caravane ait été en train de
fuir un ennemi. Les caravaniers ont pu trouver préférable de perdre quelques
lingots d'or que de perdre un temps précieux à ramasser l'or répandu et de
ce fait tomber à coup sûr aux mains de cet ennemi. Quelqu'un qui possède un
lingot est peu susceptible de le perdre mais si ce quelqu'un en possède un
millier, ou peut-être dix mille, ou même cent mille, alors s'il en perd un
ou deux en cours de route il ne le remarquera même pas.
Si ces lingots font
partie du trésor des Wisigoths, s'il s'agit du produit du pillage de Rome et
de Jérusalem, alors nous pouvons parler d'un tonnage phénoménal: peut-être
mille tonnes, peut-être dix mille tonnes, peut-être infiniment plus. En
outre, ce trésor n'était certainement pas destiné à acheter des produits
courants nécessaires à la vie quotidienne: il s'agissait sûrement d'un
trésor d'Etat comme les Joyaux de la Couronne en Grande Bretagne, ou les
réserves d'or de nombreuses nations de nos jours. Si c'est le cas, il y a de
fortes chances pour qu'une partie de ce trésor existe encore, enterré
quelque part, peut-être oublié depuis longtemps. Les lecteurs doivent
réaliser que des milliers, peut-être même des centaines de milliers de
personnes se penchent sur les manuscrits, livres et cartes depuis plus de 75
ans à la recherche de ce trésor. Nombreux sont ceux qui ont creusé dans
toute la région pour le trouver, à la colère des autorités françaises.
Même le IIIe Reich, pendant la seconde guerre mondiale, a envoyé des
chasseurs de trésor dans la région. A ce jour, aucun d'entre eux n'est
revenu avec plus qu'une poignée de terre en main, tout au moins à notre
connaissance. S'il y a un trésor là-bas, il est enterré profondément et
bien caché. Peut-être Saunière en a-t-il trouvé une partie et s'en est-il
emparé. Peut-être n'y a-t-il pas de trésor du tout. Tout ce que nous savons
est que Saunière a acquis sa fortune par d'étranges moyens. Peut-être ses
activités n'étaient-elles pas tout-à-fait aussi morales que l'on voudrait
nous le faire croire. Il se peut que les documents qu'il avait trouvés
contenaient quelque noir secret à propos de certains aristocrates et que
ceux-ci aient préféré les racheter à tout prix pour que le silence soit
gardé. Il se peut que ces documents aient contenu quelque secret fantastique
qui aurait été acheté à n'importe quel prix. Quelqu'étrange que soit la
vérité, elle gît là, quelque part, et vous attend.
A l'intention de ceux
d'entre vous qui se demandent où un tel trésor pourrait bien être caché,
j'ai rassemblé quelques unes de mes réflexions à ce sujet.

Les pages qui suivent
examinent de près les deux manuscrits qui nous restent de ceux qui ont été
découverts sous la pierre d'autel de l'église de Rennes-le-Château, et
aussi un petit message très énigmatique trouvé parmi les papiers de
Saunière après la mort de celui-ci.