Au départ, le plus grand problème est de comprendre ce que Boudet essaie de présenter dans son livre. Je ne parle pas de sa dissertation sur les langues, mais du fondement de son livre, son intention cachée. En surface, il propose un traité pseudo-intellectuel sur la linguistique, très peu crédible aux yeux de la plupart des lecteurs. Ceci dit, aucune personne sensée n’aurait fait tout ce que Boudet a fait, simplement pour le plaisir. Les chercheurs du mystère de Rennes-le-Château sont pratiquement unanimes pour dire que Boudet essaie de faire passer des messages d’une manière ou d’une autre. Ces informations pourraient être la source du trésor qui a fait de lui un millionnaire, ou cela pourrait être quelque chose de tout à fait différent. Ce qui est certain est que les renseignements contenus dans ces (très) étranges pages sont machiavéliquement compliqués à déchiffrer. Le problème est en fait que personne n’est absolument sûr ce qu’il essaie de nous dire. Si vous parvenez à deviner cela, alors le reste équivaudra à descendre une pente en roue libre à vélo. Plusieurs lectures de ce livre me font dire que le texte peut être divisé en plusieurs sections distinctes. Certaines d’entre elles sont vagues, décousues, et ne semblent pouvoir se raccrocher à rien. Pour d’autres sections il est très tentant de les raccrocher au réel, à des indices du monde qui nous entoure, car elles dessinent presque une carte géographique à parcourir. C’est pourquoi, dans un premier temps je vais me concentrer sur ce que je considère comme étant les sections les plus réalistes de ce traité. Supposons que Boudet avait découvert un trésor et que celui-ci était si immense que, même après en avoir dépensé quelque 15 millions de francs, il n’était même pas écorné. Ayant réalisé l’importance de sa découverte pratiquement dès le départ et voulant sans doute la transmettre à quelque bienfaiteur digne de confiance, il se mit à créer une carte du trésor, compliquée à l’extrême. Il limita sa carte du trésor à 500 exemplaires et la rendit tellement inintelligible qu’à peine une personne sur cent millions serait capable de percer le secret. Le candidat chanceux serait une personne d’une habileté surhumaine, d’une intelligence exceptionnelle, et d’une débrouillardise sans limites. En un mot, un homme semblable à Boudet lui-même. Dans cette circonstance encore, on peut inférer qu’il a été obligé de faire appel à chaque once de son intelligence pour atteindre son but, c’est pourquoi il a pensé qu’il était juste que le bénéficiaire suivant travaille aussi dur qu’il avait dû le faire lui-même, et peut-être même plus dur. Ici, une question évidente se pose. Pourquoi Boudet se serait-il donné la peine de créer une carte d’un trésor que n’importe quel lecteur de ses ouvrages aurait pu découvrir un jour? Pourquoi ne pas simplement indiquer l’endroit de ce trésor au clergé, ou à sa famille, ou à un ami? Pourquoi aussi consacrer près de 10 années à créer cette carte du trésor? Voici des questions frustrantes. Et s’il a vraiment voulu transmettre le secret de son trésor à quelque successeur digne de sa confiance, on peut conclure qu’il n’a pas voulu que l’Eglise en bénéficie, sans quoi il l’aurait remis directement aux autorités ecclésiastiques. Quant aux amis et à la famille, il se peut qu’il les ait confortablement pourvus sans que nous le sachions. Les similitudes entre les éléments de son livre et les éléments de l’église de Saunière sont à bien des égards frappants. Dans les deux cas nous constatons qu’il y a des cryptages monumentaux, à telle échelle que le déchiffrage en est exceptionnellement difficile. Je pense, pour ma part, que beaucoup des éléments qui décorent l’intérieur de l’église de Rennes-le-Château sont, soit entièrement le produit de l’imagination de Boudet, soit le produit de la collaboration de celui-ci avec Saunière. De quelle sorte de cryptage peut-il s’agir? Les éléments qui à mon avis composent certaines parties du livre sont les suivants:-
Quant à la linguistique, Boudet informe brièvement le lecteur sur la façon dont il faut utiliser son dictionnaire. Aux pages 33, 34, 35 et 36 il propose les syllabes i, he, u, I, puis il dit au lecteur comment elles doivent être prononcées. Il est assez clair qu’il faut utiliser ces sons dans le contexte du livre. Les nombres sont essentiels dans l’ouvrage de Boudet, et quelles que soient les théories formulées par les chercheurs du monde entier, je suis convaincu à 100% qu’en fin de parcours, le déchiffrage des livres de Boudet aura été possible grâce à l’utilisation des nombres. Les références bibliques, dans le livre de Boudet, sont très subtiles. Elles sont toutes citées dans le texte, et des notes de bas de pages sont ajoutées pour les corroborer. D’autres références bibliques apparaissent sous forme des nombreux noms mentionnés. Si vous avez examiné mon tableau donnant la liste des mots que Boudet cite dans son livre, vous saurez combien il y en a: près de 900, sans parler des noms bibliques. Il est intéressant de noter que quelques uns seulement de ces mots sont accompagnés de leur indication phonétique. Il est aussi intéressant de noter que certains mots sont cités à de nombreuses reprises, et enfin, vous aurez sans doute remarqué que ses traductions laissent beaucoup à désirer. D’autre part, il se peut naturellement que leur inexactitude même représente un autre de ses messages secrets. J’ai choisi cet aspect du livre de Boudet pour commencer, parce qu’à l’inverse de ce que nous trouvons dans d’autres parties du livre, il est très clair quant à son contenu. Le restant du livre est plutôt vague et ambigu. Les références bibliques sont très directes et suggèrent clairement un code dans le sens le plus traditionnel. Si vous regardez le tableau suivant, vous y verrez une liste de toutes les références citées dans le livre:- La plupart d’entre elles proviennent du Livre de la Genèse. Il est aussi évident qu’il s’est basé sur une version latine de la Bible, et qu’il en a traduit le texte pour l’inclure dans son livre. Comment sais-je cela? Et bien, il y a deux manières de déduire ce fait. D’abord, une de ses références provient du troisième Livre des Rois. En général, cette séquence dans la numérotation des livres n’apparaît que dans les Bibles latines. Ensuite, il veut bien nous dire, à la page 38, quelle Bible il a utilisée; il mentionne:-
Toutes les Bibles de Carrières ont pour origine l’édition de la Vulgate en latin. De nombreuses Bibles de "Carrières" sont mentionnées dans la liste du Catalogue de la Bibliothèque Britannique, et celles qui suivent ne sont que quelques une d’entre elles:-
Quels sont les éléments justifiant l’existence d’un code? De toutes les possibilités offertes par son livre, les références bibliques sont celles qui se prêtent le plus aisément à être utilisées dans des codes, et ce qui suit ne sont que quelques uns des points clés:-
Vous constatez que les probabilités de permutation et autres possibilités sont innombrables. En outre, quelle que soit la formule choisie, vous obtiendrez en fin de parcours une liste plutôt longue de lettres prises, selon toute vraisemblance, au hasard. Celles-ci exigeront de nouvelles manipulations pour arriver au message. Le nombre total des références bibliques donnera incidemment 96 lettres possibles, ce qui est suffisant pour une bonne partie du texte. L’arrangement le plus logique serait une grille de 8 x 12, ce qui correspond, ô coïncidence, à un échiquier et demi. Ceci semblerait suggérer l’utilisation du cavalier. D’autres arrangements possibles sont 2 x 48, 3 x 32, 4 x 24 and 6 x 16. Puisque le rôle des clés prédomine dans ce mystère, je pressens qu’il en faut une ici. En fait, il se peut même que Boudet fasse allusion à la clé qu’il faut utiliser. Dans la liste des références bibliques, vous noterez que 4 d’entre elles ne citent que le chapitre:- Genèse 19: à la page 60 Genèse 19: à la page 61 Exode 31: à la page 76 1er Livre des Rois 8: à la page 78 Si vous additionnez les numéros des chapitres, vous obtenez 77. Il se fait que cela est exactement le nombre de lettres formant le texte qui se trouve au bas du manuscrit n° 2 (cette citation quelque peu hors du contexte sera éclaircie un peu plus loin):-
Peut-être que la clé complète exige d’ajouter encore 19 lettres, ou bien ce texte doit-il simplement être répété pour arriver au nombre restant. Ce qui est pratiquement certain est que la clé devra être réarrangée avant qu’elle puisse être utilisée, ou bien il se peut qu’elle soit cryptée de quelque manière. Vous pouvez penser que l’inclusion de références bibliques dans un livre ne prouve pas qu’un code est enfoui quelque part. Normalement, je serais de votre avis. Mais ayant étudié ces références et possédant les informations extraites de l’imagerie de l’intérieur de l’église, j’ai découvert quelque chose qui m’a convaincu qu’il y a plus ici que ce que l’on voit au premier coup d’oeil. Vous vous souviendrez que lorsque j’ai décrit l’intérieur de l’église, j’ai mentionné que les deux nombres 111 et 11 étaient gravés sur une aile du diable à l’entrée. Multipliés l’un par l’autre, ces nombres donnent 1221. Ensuite, j’ai découvert que le nombre 1332 est égal à 666 x 2. Ces nombres sont des points de départ ici. Boudet a parsemé son livre de citations bibliques. A mesure que l’on approche du milieu du livre, elles diminuent très sensiblement, pour pratiquement disparaître. Puis, à la page 111 il cite:- Gen. c. IX. v. 18. 19. Ces nombres ont probablement été ajoutés ici pour une raison précise, et ils produisent un résultat des plus intéressants. 9 x 18 = 162 9 x 19 = 171 9 x 111 = 999 162+171+999 = 1332 (ou 2 x 666) Si l’on soustrait 1221 de 1332, on obtient à nouveau 111, le numéro de la page ou l’un des nombres sur une aile du diable. Les coïncidences ne s’arrêtent pas ici. Au cours de mon analyse des statues de l’église, je suis arrivé à la conclusion qu’il devrait en fait y avoir deux diables et pour arriver à la numérotation correcte en ce qui concerne les statues, il faut ajouter 6 à la valeur de la statue de St. Antoine Ermite. Ceci donne 19 (St. Antoine) x 9 (Ste. Madeleine) = 171. C’est à dire le nombre qui apparaît ici. Cliquez le bouton pour visualiser l’arrangement numérique des statues. Ce résultat ne provient pas d’une heureuse coïncidence, bien que l’on puisse le penser à première vue. Boudet ajoute régulièrement des citations, jusqu’aux environs de la page 81. Ensuite, il saute à la page 107, puis 111, puis 186 et enfin 246. De la page 107 à la page 246 cela fait beaucoup pour ajouter des citations. Cela incline à penser que la page 111 a été choisie délibérément. Il est aussi intéressant de mentionner que la citation à la page 111 commence en fait à la page 110 et seule une petite partie continue à la page 111, page sur laquelle la note de bas de page est insérée. Toute la citation aurait pu tenir sur la page 110 s’il avait fait glisser le début de la section 2 qui commence à la page 108 légèrement vers le haut de cette page. En fait, vous observerez que de nombreuses sections du livre ne sont pas espacées également par rapport au texte qui précède, mais que cet espacement est très variable. Vous voyez à la page 108 qu’un large espacement a été ajouté, ce qui repousse tout le texte qui suit , et fait se terminer la citation à la page 111. Souvenez-vous aussi qu’après avoir soumis ce livre à l’éditeur en 1880, il a ensuite passé 6 années à le corriger. Je suis sûr que l’une des choses qu’il fallait établir et qui ne pouvait être vérifiée qu’après impression était la position physique de sections particulières du livre. Tout ceci indique clairement que quelque chose est caché dans ce texte et que Boudet a pris une peine considérable pour y arriver. Ici apparaît un facteur entièrement nouveau, un élément hautement perturbant, qui découle de l’argumentation ci-dessus. Si Saunière a basé des parties de son église sur des éléments qui se trouvent dans le livre de Boudet et que, de son côté, Boudet a utilisé certains éléments obtenus de Saunière, le mélange ainsi obtenu constitue une très profonde énigme en vérité. La chronologie peut aussi poser problème ici, et j’y reviendrai plus tard. Cela semble également indiquer très clairement que Saunière et Boudet ont travaillé ensemble sur le même problème, pendant une période considérable, et il semble que l’influence de Boudet sur la décoration intérieure de l’église ait été considérable. Boudet, qui avait découvert le trésor bien avant Saunière, commença à travailler à ses livres avant les années 1880. Son intention était apparemment, dès le départ, que ces richesses soient transmises à d’autres, et il doit avoir pensé que des livres seraient des véhicules parfaits pour ce faire. Puis, cinq ans seulement après «La Vraie Langue Celtique», Saunière arrive. Je suis certain que Boudet s’est fforcé de bien accueillir le nouveau prêtre dans le district, et puisqu’ils sont devenus ensuite amis pour la vie ils doivent avoir éprouvé une sympathie mutuelle dès la première rencontre. Boudet voyait là aussi une nouvelle occasion de faire passer ses messages secrets: l’église à moitié en ruines de Rennes-le-Château. En la reconstruisant et en en redécorant l’intérieur selon des critères rigoureux, des parties de son énigme pouvaient donc y être incorporées, en renforçant ainsi la sécurité, ou y ajoutant simplement de la complexité. Saunière a-t-il trouvé les parchemins et découvert un trésor? Ou bien Boudet a-t-il partagé directement ce trésor avec Saunière? S’il s’agissait d’un seul et même trésor, Boudet doit avoir réalisé que grâce à sa découverte des parchemins, Saunière ne mettrait pas beaucoup de temps à découvrir le trésor, de sorte qu’il a pu penser qu’il valait mieux partager que risquer de perdre le tout. Tout cela devient plus clair à la page suivante.
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