Le but premier du livre "La Vraie Langue Celtique" est
incontestablement la phonétique des mots en diverses langues. L’auteur
essaie de montrer que les sons produits par les mots lorsqu’on les prononce
sont similaires et/ou identiques dans des langues différentes, et qu’en
outre leur sens est similaire. La liste des mots qu’il cite dans son livre
est longue, et il est certain que pour un bon nombre d’entre eux, leur
prononciation et leur signification dans les langues mentionnées
correspondent dans une certaine mesure. Dans la plupart des cas, les sons et
significations comparés n’ont qu’un rapport très éloigné ou même
inexistant. Cependant, il est clair qu’il accorde une grande importance à
ces mots. Si grande, en fait, que ceux-ci sont répétés un grand nombre de
fois tout au long du livre. Il prend également grand soin d’attacher des
références géographiques à de nombreux mots, et s’attache tout autant à
prouver ce qu’il dit. Ceci est particulièrement vrai pour son livre
"Le Livre d'Axat". Henri Boudet était indubitablement un linguiste
qui maîtrisait bon nombre de langues. J’ai lu son livre et étudié les
divers mots qu’il cite. Certaines des prononciations qu’il donne sont
absolument correctes par rapport à la langue anglaise. Cela m’inclinerait
à penser que non seulement il parlait l’anglais couramment, mais il devait
le parler pratiquement sans accent étranger, ce qui est très rarement le cas
pour les linguistes. Dès lors, ce qui surprend est que, lorsqu’on examine
les sens qu’il donne aux mots, certains d’entre eux sont légèrement
incorrects, d’autres sont carrément faux, et dans certains cas, le sens qu’il
donne n’a strictement rien à voir avec le mot original. Pour un lecteur
français peu ou pas du tout familiarisé avec la langue anglaise, de telles
erreurs, ne changeraient pas grand chose. Pour un lecteur ayant une
connaissance des deux langues, il n’est pas possible de ne pas les remarquer;
en fait, elles sautent aux yeux tant elles sont énormes. Alors, pourquoi a-t-il
décidé d’utiliser ces deux langues? Pourquoi cette fascination de la
langue anglaise? Pourquoi n’avoir pas utilisé plutôt le latin ou le grec,
qui doivent avoir été quasiment des langues maternelles pour lui? Les
réponses possibles sont:-
Qu’il avait une
excellente connaissance de l’anglais et c’est ce qui avait guidé son
choix.
La langue anglaise
possède un riche vocabulaire, ce qui lui donnait une abondante matière
première à exploiter.
Etant donné qu’une
grande partie de la langue anglaise provient du français et autres langues
romanes, le fait qu’il ait eu à sa disposition une source toute prête de
précieux matériau phonétique peut avoir été une tentation irrésistible.
Son intention était
que son livre soit lu par des personnes qui connaissaient aussi l’anglais.
Son livre était
destiné à des anglophones.
Si son intention était de révéler la cachette de quelque trésor,
peut-être ne souhaitait-il pas rendre la tâche difficile à l’excès, ce
qui aurait été le cas s’il avait utilisé le latin ou le grec. Il est
possible, d’autre part, que ni le latin ni le grec n’aient permis les
permutations phonétiques voulues.
Une autre explication de ces définitions incorrectes peut être que c’était
ce qu’il voulait que le lecteur voie, et donc utilise dans un but précis.
Lorsqu’il donne une traduction légèrement incorrecte, il nous force à
nous arrêter et à nous dire: "attention, cela ne va pas". Ainsi,
il nous fait suivre le chemin qu’il a minutieusement préparé. Un excellent
exemple de ceci est la liste de mots aux pages 19, 20 et 21. Dans cette liste
il propose des mots anglo-saxons, leurs homonymes en languedocien, et ce qu’il
considère comme étant leur signification en français. Néanmoins, lorsqu’on
parcourt cette liste il devient rapidement manifeste que tout n’est pas
correct.
To Beck - Faire signe de la tête. Le verbe «To Beck» est archaïque, et
son équivalent moderne est «To Beckon» défini comme signifiant "Faire
signe, appeler du geste". Il n’est pas fait mention d’un mouvement de
la tête, bien que, je suppose, cela puisse se faire.
Braw (je pense qu’il a voulu écrire «Brow») - Front, Air. Le mot
français est utilisé ici dans le sens d’apparence, ce qui n’est pas
approprié.
Flag - Tomber de faiblesse. Bien que «To Flag» implique une faiblesse ou
un manque d’énergie, on ne peut traduire par "tomber de faiblesse».
Dans un dictionnaire français assez ancien que je possède, une des
significations «Flag» est "Laisser Tomber". Il est possible que
Boudet se soit basé sur ce sens-là pour exprimer ce qu’il voulait
communiquer au lecteur.
Mire - Lie. La «lie» est un dépôt ou du rebut, tandis que «Mire»
signifie bourbier, fondrière.
Road - Baie, Rade. Dans ce cas-ci, Boudet prend le sens maritime du mot
«road»: étendue d’eau, près d’un rivage, où les bateaux peuvent être
mis à l’ancre. «Road» a littéralement des dizaines de sens, mais parmi
tous ceux-là, il choisit d’utiliser le sens maritime, c’est-à-dire, l’un
des moins usités.
Scalfeto. Voici un mot en languedocien, qui signifie une chaufferette pour
les pieds. Il propose ensuite les mots anglais dont ce mot est dérivé, et
qui sont «To Scald» et «Feet». «To Scald» est traduit par «chauffer» .
Le mot suivant est «To Scald», ce qu’il traduit alors correctement par «Echauder».
Vous voyez dans quelle ambiguïté il évolue.
Scout - Espion. Ici, il traduit «scout» par «espion», ce qui n’est
pas du tout correct.
Sot Cour - Nettoyer. Ceci est parmi les cas les plus étranges. Il écrit
le mot phonétiquement: «Skaour» ce qui nous conduit à penser que le mot qu’il
écrit «Sot Cour» devrait être en fait «Scour». Il donne comme traduction:
«nettoyer». Cependant, ce qui est intéressant est qu’il a choisi «Sot
Cour». Si l’on prononce ces deux mots, on dit «So-Cow'r'», c’est-à-dire
à peu près ce que le mot devrait être: en fait «Scour», comme s’il
voulait apprendre au lecteur une nouvelle manière de voir les mots.
Senshorno – ici un mot en languedocien qui signifie "sans
intelligence", dont la racine anglo-saxone serait: 'Sense' et 'Horn'. Il
traduit «Sense» par «Intelligence» ce qui est bien, et «Horn» par "privé
de", ce qui est complètement faux.
Shake - Tomber en pièces. Encore une fois, ceci n’est pas une traduction
correcte.
To Seel - Fermer les yeux. Voici un mot ancien, qui n’est vraiment plus
beaucoup utilisé de nos jours. Sa traduction est presque correcte: en fait ce
devrait être «fermer les yeux à» quelque chose. Le verbe «to seel»
possède de nombreux autre sens: ciller, coudre les paupières d’un oiseau
de proie, couvrir la tête de quelque chose, coiffer les cheveux de quelqu’un,
induire en erreur, être entiché de, moment, occasion, opportunité, (par
rapport aux moissons) – temps des fenaisons, etc.
Trull - Perdue de moeurs. Il traduit ce mot comme sans manières, sans
morale, etc. En fait, «Trull» signifie une fille, une coureuse, ou une
prostituée.
Je voudrais à présent que nous nous reportions brièvement au tout début
de sa liste de mots, c’est-à-dire à Alder - Aulne, (l’arbre). Sa
traduction est parfaitement correcte. Cependant, à la page 12 de son livre il
dit:-
"Le nom Français de l'aulne, essence d'arbres, se dit en Languedocien
Bergne, en Breton et en Gallois Gwern, en Ecossais et Irlandais, Fearn".
La conclusion étant que «Fern» (fougère) et «Alder» (aulne) ont la
même signification. Notez qu’il écrit FEARN et non Fern.
Malheureusement, je n’aucun moyen de vérifier le 'Dialecte Languedocien'
cité dans le livre. Il serait intéressant de vérifier si les significations
dérivent ici aussi.
Puisque tout le vocabulaire donné dans le livre de Boudet semble être au
centre de ses théories, j’ai transcrit tous les mots avec la phonétique et
les significations qu’il donne en français. Les mots vous sont présentés
dans les deux tableaux ci-dessous.