L'histoire
En l’an 70 de notre ère,
l’empereur romain Titus prit la ville de Jérusalem. Tous les trésors furent
pillés, y compris celui du temple d’Hérode, également connu sous le nom de
troisième temple. Celui-ci avait été conçu par Hérode le Grand, qui régna de
37 à 4 avant JC. Il fut un prodigieux bâtisseur, et ordonna la construction
d’innombrables forteresses, sur tous ses territoires. Il fit également
reconstruire la tour de Straton, qui fut renommée Césarée, et bien sûr,
aucun roi ne pouvant se passer de palais royal, il en fît ériger un en l’an
24 avant JC. La construction du temple de Jérusalem débuta vers 19 ou 20
avant JC, et fut terminée vers 63 de notre ère. Cette très longue période
est certainement en rapport avec la taille et la complexité de l’édifice.
Les archives du temps indiquent que quelque 10.000 travailleurs ont pris
part à la construction du temple ; environ 1.000 d’entre eux étaient des
prêtres, qui avaient reçu une formation spéciale de charpentiers, et sans
doute aussi d’autres métiers. Bien que les historiens soient unanimes à
déclarer que ce temple ne pouvait pas être comparé à celui de Salomon, ce
devait malgré tout être une construction spectaculaire. Pour l’époque, cet
ensemble dépassait tout ce qu’on pouvait trouver dans le monde connu, et
sans doute les Romains eux-mêmes se sont-ils émerveillés devant une telle
structure. Titus lui-même a voulu préserver le bâtiment, car il estimait que
celui-ci ajouterait au prestige de l’Empire romain, et serait une excellente
base d’où il pourrait travailler. Bien que nous disposions de peu d’indices
quant au contenu de ce temple, nous pouvons raisonnablement supposer qu’il
n’était pas aussi extraordinaire que les trésors trouvés dans le Temple de
Salomon. Josèphe donne une idée des richesses qu’il contenait au paragraphe
7 de son récit. Ce trésor semble avoir été très opulent, tant du point de
vue artistique que numéraire. Flavius Josèphe, qui a été un témoin
occulaire des événements relatés dans son ouvrage « La guerre des Juifs »,
livre 6 chapitre 4, que vous pourrez consulter en cliquant sur le bouton,
raconte:-
Comme l’attaque contre le
Temple lui-même et les Juifs qui le gardaient s’intensifiait, on put voit
que le bâtiment avait pris feu. Des soldats romains voyant cela, s’élencèrent
vers le Temple et allumèrent de nouveaux foyers. Titus arriva alors sur les
lieux et, malgré les efforts considérables qu’il déploya pour faire
éteindre les foyers d’incendie par ses troupes, les flammes s’étendirent
rapidement au bâtiment tout entier. Les soldats, possédés par la haine et
la convoitise, firent comme s’ils n’entendaient rien, bien que Titus
s’époumonât à les admonester. Finalement, il ne resta rien du Temple. Selon
l’un des récits de l’événement, des soldats romains revinrent sur les lieux
lorsque le feu se fut éteint, et abattirent les blocs de maçonnerie qui
avaient constitué les murs et les fondations, afin de recueillir l’or fondu
qui s’était frayé un chemin entre les joints. La ville de Jérusalem tout
entière fut mise au pillage, ainsi que ce qui avait été le Temple. Ne
perdons pas de vue qu’il s’agit ici d’un épisode particulièrement sanglant
de l’Histoire. Selon certaines estimations, plus d’un million de personnes
y ont péri dans une boucherie sans merci.
Environ 300 ans plus tard, en l'an
394, Alaric 1er fut proclamé roi des Wisigoths. A l'origine une tribu
germanique, la majeure partie des Wisigoths vivaient dans l'est de l'Europe.
En ce temps ils servaient les Romains en tant que mercenaires. Cependant, à
la mort de Théodose 1er, Alaric renonça à son allégeance à Rome. Le
nouveau roi conduisit ses troupes en Grèce où il conquit Sparte,
l'Argolide et Corinthe. Il aurait également pris Athènes si les Grecs ne
lui avaient pas versé une substantielle rançon. Peu après cette
impressionnante victoire, son armée entra en conflit avec les Romains, et
il fut défait par le général romain Flavius Stilicho. Il emporta
cependant avec lui son butin et quelque temps après, ayant usé de
diplomatie, il obtint d'être nommé Préfet de la province romaine
d'Illyrie. Manifestement obsédé par la richesse de Rome, Alaric tenta une
nouvelle fois d'envahir l'Italie et fut défait une fois encore par Stilicho.
A la mort d'Arcadius en 408 de notre ère, l'Empire romain décida
d'abandonner ses plans d'invasion de l'empire d'Orient, ce qui l'aurait
probablement débarrassé des Wisigoths une fois pour toutes.
Malheureusement pour les Romains, Alaric prit cette décision pour un signe
de faiblesse et exigea près de 2.000 kilos d'or pour ne pas envahir Rome.
Stilicho convainquit le gouvernement de payer ce tribut, arguant que cela
serait sage. Cependant, à Rome tous n'étaient pas d'accord avec Stilicho:
Honorius le fit exécuter et dénonça l'accord avec Alaric. On imagine
aisément qu'Alaric ne trouva pas la situation à son goût: Sans attendre,
il envahit l'Italie, et assiégea Rome. Une importante somme lui fut remise
à titre de rançon, mais en 410 Alaric conquit tout de même Rome et la
pilla. On dit que ses troupes mirent six jours à vider la ville de ses
richesses. Les Wisigoths ne prirent pas seulement tous les objets de valeur
que possédaient les Romains, mais il est très vraisemblable qu'il
s'approprièrent également une grande partie (si pas le tout) du fabuleux
trésor de Jérusalem qui reposait intact dans les chambres fortes de la
ville. Cette nouvelle armée d'invasion retourna au pays en emportant
triomphalement dans ses bagages un immense butin de guerre. Il faut
maintenant essayer de s'imaginer la quantité de richesses que les Wisigoths
avaient alors en leur possession. Tout d'abord il y avait le butin qu'ils
avaient dérobé à la Grèce et qui comprenait l'énorme rançon payée par
les Athéniens. Puis il y avait toutes les richesses de la ville de Rome.
Enfin, il y avait une grande partie du trésor de Jérusalem.
Les Wisigoths s'étendirent alors à
partir de l'Italie, conquérant de nombreuses régions de l'Espagne, du
Portugal et de la France. C'est en ces temps qu'ils firent de Toulouse leur
capitale.
L'endroit où fut caché l'immense
trésor est resté ignoré jusqu'à la fin du siècle, lorsqu'Alaric II fut
lui même attaqué par Clovis. Peu désireux de voir tomber sa fortune dans
des mains ennemies, il la transporta dans la forteresse de Carcassonne. A
partir de là, aucune allusion à ce trésor n'apparaît nulle part dans les
annales de l'Histoire. La spéculation offre un endroit possible comme
cachette du trésor: la forteresse de Rheddae, un ancien bastion wisigoth et
capitale du district connu sous le nom de Razès. De nos jours Rheddae est
plus connue sous le nom de Rennes-le-Château, un petit village endormi dans
les sous-bois du Languedoc.
L'arrivée de Bérenger Saunière
A présent nous devons faire un saut
dans le temps jusqu'à la fin du XIXe siècle, lorsqu'un nouveau héros ou
peut-être anti-héros fait son apparition. La date: 1er juin 1885. Le jeune
Bérenger Saunière vient d'être ordonné prêtre et est venu prendre
possession de sa
charge dans le village de Rennes-le-Château en France. C'est un homme
dynamique, plein de passion pour la vie et dévoré d'ambition. Son premier
aperçu de son avenir n'a pas dû être vraiment ce qu'il espérait. Sa
première visite à son église ne lui fit découvrir que des ruines. Le
toit avait quasiment disparu et lorsqu'il pleuvait, l'eau s'engouffrait dans
les trous béants et se répandait en grande partie sur l'autel. Les
fenêtres étaient toutes occultées par des planches destinées à
protéger tant bien que mal les vitraux des tempêtes. Le presbytère
supposé l'abriter était littéralement inhabitable. Pour ajouter aux
désagréments, son salaire s'élevait, si l'on peut dire, à la maigre
somme de 75 francs par mois. Même à cette époque cela ne suffisait pas
pour vivre. Il avait espéré d'autres débuts.
En octobre 1885 des élections
devaient avoir lieu en France, et à l'étonnement général de la
population de Rennes-leChâteau, Bérenger Saunière mena ouvertement
campagne contre le parti républicain. Ceci, de la part d'un homme qui
venait à peine de s'installer dans sa charge, fut difficilement admis.
Malheureusement pour Saunière, les Républicains gagnèrent les élections.
Irrités par ce prêtre qui avait encouragé l'électorat à voter contre
eux, ils cherchèrent à se venger de lui. Il fut promptement dénoncé
auprès des autorités de la région pour avoir incité au désordre public
et pour avoir tenté d'influencer le système électoral. La conséquence
fut que les autorités ordonnèrent que son salaire soit suspendu, et cet
édit entra en vigueur le 1er décembre 1885. Saunière approcha son evêque,
Monseigneur Billard, qui voyant les difficultés dans lesquelles il se
débattait, lui remit immédiatement 200 francs et le nomma professeur du
Petit Séminaire de Narbonne où il demeura jusqu'en juillet 1886, date à
laquelle sa sanction fut levée. Il retourna alors à Rennes-le-Château et
reprit les choses là où il les avait laissées, apparemment pas du tout
affecté par cet épisode insignifiant. Entre sa suspension et son retour
dans sa paroisse, Saunière était manifestement parvenu à se lier
d'amitié avec la Comtesse de Chambord, une femme extrêment riche et
influente. Elle, de son côté, lui avait remis le somme princière de 3.000
francs, ce qui correspondait à environ trois ans et demi du salaire du
prêtre. Une véritable fortune à cette époque. Ce montant n'était pas le
fruit du hasard. Saunière avait fait faire des devis pour les travaux de
réfection nécessaires à l'église et l'estimation s'élevait à 2.797,97
francs exactement. Ceci est assez proche de ce qu'il avait reçu pour nous
laisser supposer qu'il avait en fait demandé cette somme. Comment il était
parvenu à obtenir ce don, nous ne pouvons que tenter de le deviner. La
théorie la plus plausible est qu'il l'avait tout simplement demandé et que
la Comtesse avait généreusement avancé cet argent. Il se peut également
qu'elle partageait ses vues politiques et avait fait ce geste par sympathie.
Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons à présent que spéculer à ce sujet.
Un point très intéressant est que l'architecte désigné pour évaluer le
bâtiment, un certain Monsieur Cals, remit deux devis à Bérenger Saunière:
un pour le travail de restauration, l'autre pour la construction d'une
nouvelle église. Le prix demandé pour une nouvelle église complète
jusqu'au détail était de 4.500 francs. Etant donné que Saunière
disposait déjà de 3.000 francs, il n'aurait pas dû lui être trop
difficile de trouver les 1.500 francs restants. On peut se demander pourquoi
il tint à faire restaurer l'église en ruines. Il est possible qu'il en ait
reconnu la valeur historique. Il se peut aussi, comme il arrive parfois,
qu'il était tombé amoureux de l'architecture du bâtiment ou bien encore
qu'il se doutait qu'il y avait anguille sous roche.
Découverte des
parchemins et premiers travaux de restauration
Il commença sans tarder les travaux
de restauration. Comme l'autel était l'élément le plus important de
l'église et qu'il avait été fortement endommagé par les intempéries, il
le fit restaurer en premier lieu. Le lourd linteau de pierre reposait sur un
ancien pilier wisigoth
gravé. Avec l'aide de quelques maçons de l'endroit,
Saunière souleva la lourde pierre d'autel.
Malheureusement, à ce moment le pilier se fissura et tomba en morceaux. Il
révéla un creux rempli de fougère sèche. Lorsque Saunière fouilla les
débris, il trouva trois tubes de bois hermétiquement scellés à la cire.
Il les ouvrit et y trouva un certain nombre de parchemins. Le pilier
wisigoth fut ultérieurement placé à l'arrière de l'église où il servit
de piédestal à une statue. Pour une raison inconnue, ce pilier fut placé
tête en bas. Peu après, alors que Saunière faisait réparer une grande
dalle devant l'autel les ouvriers découvrirent un récipient d'argile plein
d'anciennes pièces d'or; il contenait également un très beau collier et
un bracelet wisigoths, ainsi qu'un calice en or datant du XIIIe siècle. Ce
cadeau venu du ciel fut certainement accueilli avec gratitude par
l'impécunieux Saunière. Depuis, les experts ont confirmé que la pierre
date bien de l'époque wisigothique ou carolingienne. Le dessous de la
pierre est gravé: il comporte deux panneaux dont l'un très usé. Le
panneau
de
gauche représente un homme tenant une épée nue, et prêt à enfourcher un
cheval, tandis que le panneau de droite semble représenter un homme portant
également une épée nue, monté sur un cheval, et ayant avec lui sur le
dos de l'animal ce qui semble être un enfant. Outre les pièces d'or, un
certain nombre de squelettes furent découverts sous la dalle. L'un des
crânes comporte ce qui paraît être une ouverture rituelle faite au foret.
Ultérieurement, sans doute au cours des travaux de restauration, alors que
le sonneur de cloches descendait du clocher, il aperçut quelque chose qui
scintillait dans le pilier en bois qui supportait la Chaire.
Il s'aperçut
qu'il s'agissait d'une petite fiole de verre dans laquelle se trouvait un
morceau de papier roulé serré. Il apporta sans tarder sa découverte à
Saunière et ce dernier fit entreprendre quasiment sur-le-champ des travaux
d'excavation à l'intérieur de l'église. Il creusa dans l'allée centrale,
la nef et le transept. On pense qu'il creusa aussi secrètement dans le cimetière attenant à l'église, aidé par sa
gouvernante, Marie Denarnaud. Une activité à laquelle il se livra de nuit pour éviter les regards inquisiteurs des
villageois.
Dans son journal personnel il écrit à la date
du 21 septembre 1891: "Excavé une tombe. Trouvé un tombeau". Il
est impossible de dire avec certitude de quelle tombe il s'agit, mais on
peut supposer qu'il s'agit de celle de Marie de Blanchefort.